A Cherbourg, un patronage pour les plus défavorisés

4 juillet 2016

Entre éducation et évangélisation, ce patronage œuvre au cœur du quartier le plus défavorisé de la Manche. Les fruits au bout de quatre ans : des jeunes heureux et près de quarante baptêmes.

Octeville, sur les hauteurs de Cherbourg-en-Cotentin. Dans le quartier des Provinces sorti de terre en 1965, l’église Saint-Pierre Saint-Paul, archétype bétonné de l’architecture de l’époque, s’élève au milieu des barres HLM.

Installé sous l’église, le patronage Barthélémy rayonne. De joie, d’amitié. Dans ces locaux récemment rénovés, un groupe joue au ballon dans la grande salle pendant que deux bénévoles aident au soutien scolaire dans la pièce d’à côté. Dans le coin salon, le Père Yann Deswarte peine à quitter sa partie de « Stratégo », mais il est temps de lancer le jeu collectif. Comment imaginer que, il y a quatre ans, jouer en groupe tenait de l’exploit ?

Arrivés ensemble en 2010, le Père Thierry Anquetil et son jeune vicaire, le Père Deswarte, constatent vite que de nombreux jeunes errent dans les rues. Ceux-ci partagent quelques dénominateurs communs : cellule familiale éclatée, déracinement culturel et précarité, dans ce quartier prioritaire où le taux de chômage bat des records.

Chez les deux prêtres, les projets missionnaires mûrissent. C’est finalement par une histoire de vitre cassée dans l’église que tout commence. Les coupables identifiés se présentent et, quelques coups de balai plus tard, le Père Deswarte leur propose une série cinématographique. Ils arrivent à cinq le soir même, puis à dix, pour le deuxième épisode de Jason Bourne… S’ensuivront d’autres nombreuses rencontres prouvant qu’ils ont envie que l’on s’occupe d’eux. Il est temps de structurer les choses.

Inspiré du patronage des Oblats de Saint-Vincent-de-Paul dans l’Ain, de l’esprit salésien et de la méthode Timon-David, le « patro » ouvre en mai 2012. Sous la protection du Père Barthélémy Piqueray, figure de sainteté locale, on y propose jeux, soutien scolaire et vie de prière quatre jours par semaine ainsi qu’un camp l’été. De trente à cinquante enfants de 7 à 12 ans et de tous horizons s’y retrouvent, ainsi qu’une branche Éclaireur (12-15 ans).

Douceur et confiance

« Mon Dieu, comment T’annoncer ? », se demande ensuite le Père Deswarte. La réponse tombe le jour de la rentrée de septembre : huit jeunes viennent demander le baptême. « Ils savent que notre foi est ce qui nous fait vivre, alors ils nous interrogent… » Voilà les fruits du « système préventif » repris de Don Bosco : conduire l’enfant à la vertu par la douceur en s’appuyant sur sa raison (expliquer les règles), sa spiritualité (tous appelés à la sainteté) et l’affection. « Ils ont avant tout besoin de se savoir aimés et qu’on leur fasse confiance. Ce sont nos amis, disait Don Bosco. En retour, on peut être exigeant », s’émerveille le jeune prêtre.

Cette proximité s’atteint d’abord par le jeu, « à condition de jouer avec eux et non de les faire jouer », insiste-t-il. « Ici on joue, ici on prie » : en exergue entre un ping-pong et une statue de Marie, la devise des patronages (1) illustre la pédagogie adoptée. Plus qu’une détente, les jeux simples comme le foot ou les jeux de société sont un vecteur de sociabilisation (perdre sans se battre, obéir aux règles) et de développement de vertus telles que la loyauté et la persévérance. Le jeu est aussi une école de l’amitié. « Avant, on ne faisait que gérer les conflits », rappelle Véronique, la permanente pastorale. Avec l’aide de lycéens bénévoles, un esprit de camaraderie a émergé.

« Le jeu prépare ainsi les cœurs à recevoir la grâce, l’exercice des vertus naturelles va permettre celui des vertus surnaturelles », explique-t-on à la maison mère des Oblats de Saint-Vincent-de-Paul. Ici, l’éducation vise la personne en globalité : corps, esprit et âme. Ainsi, annoncés explicitement dès l’inscription, le catéchisme, la messe et l’adoration ne sont pas facultatifs. Les fruits sont là : « Au patronage, j’aime tout ! », s’exclame Matys. « Ces jeunes sont heureux et reviennent d’eux-mêmes. Les travailleurs sociaux constatent les progrès », se réjouit le Père Anquetil. Et les demandes de baptême spontanées affluent. « Avant le patronage, Jésus on n’y croyait pas, mais maintenant on sait qu’Il existe ! », confient Océane et son amie Rovsat, de confession musulmane.

Éduquer en évangélisant et vice versa, un beau programme dans nos déserts spirituels où l’ignorance des valeurs chrétiennes est profonde. « Un prêtre ? C’est quoi ? », demandaient-ils aux débuts. Le Père Deswarte a décidé de porter la soutane, « plus lisible, plus clair ». Ça ne l’empêche pas de faire des figures à trottinette ni d’enfourcher sa moto. « Autonome, ce patronage peut rejoindre les périphéries, explique le Père Anquetil, puis faire le trait d’union entre les familles et la paroisse. C’est un “processus d’intégration” dont parle notre pape. »

Malgré ses projets en attente, le Père Deswarte reste axé sur l’essentiel – le développement des jeunes – et pourrait faire sienne la devise des Salésiens : « Mon Dieu, donnez-moi des âmes et prenez le reste. »

ARTICLE Famille Chrétienne | 01/06/2016 | Numéro 2003 | Par Anne-Claire de Castet