Comprendre les résistances face à la nouvelle évangélisation

25 janvier 2012

 

 

Tous les observateurs avertis de l’Eglise relèvent que la nouvelle évangélisation réveille une grande espérance et donc une grande énergie apostolique dans l’Église universelle. Pourtant, malgré un certain foisonnement créatif d’initiatives depuis des années, s’exprime encore en France chez des laïcs ou des prêtres des freins voire des critiques, que ce soit sur le terrain pastoral, ou sur le plan intellectuel voire théologique. Il est donc opportun de s’interroger sur les raisons et les racines de ces résistances.

Relevons tout d’abord qu’un point de cette nouveauté ne fait quasiment aucun débat, celui des moyens : un consensus ecclésial large se dégage aujourd’hui sur le nécessaire investissement de l’Eglise dans Internet, les médias, la création artistique, ou les nouveaux espaces de l’agora civile et sociale au sens large. Ces sujets ne sont pas occasion de divergences entre les acteurs de la pastorale classique et les nouveaux évangélisateurs, même si la créativité et l’investissement sans complexe de ces derniers, peuvent parfois surprendre !

Sur sa mise en œuvre pastorale par contre, le développement de la nouvelle évangélisation rencontre effectivement certaines résistances :

  • résistances de « confort » car on n’aime pas être dérangé dans ses habitudes ou résistances de « crainte » car on perd ses repères : on se perçoit incompétent, on n’y a pas été préparé, ni formé comme l’exprimait gr" data-scaytid="6">Mgr Dufour, président de la Commission de la Catéchèse et du Catéchuménat lors du congres Ecclesia 2007 : « la première annonce est primordiale, mais ce n’est pas dans notre culture, on ne sait pas faire ! »
 
  • résistances de « protection » ou de « défense », car nombre d’acteurs de la pastorale ordinaire, qui souvent ont agi du mieux qu’ils pouvaient depuis des décennies tout en étant très éprouvés par la sécularisation galopante, se sentent jugés par les nouveaux venus, les nouveaux mouvements et les nouvelles méthodes ; déjà éprouvés par la désaffection continuelle des églises que leur engagement et leur générosité sans faille n’ont pu de fait endiguer, un certain sentiment de culpabilité ou de critique émerge chez certains face à ce renouveau missionnaire, d’autant plus lorsque celui-ci crée une nouvelle dynamique pastorale qui semble leur échapper ;
 
  • résistances en raison d’indélicatesses ou de maladresses, dues par exemple à des changements d’orientation pastorale brusques, des jugements personnels ou des attitudes jugées blessantes ou arrogantes de la part de responsables ou de nouveaux intervenants.
 

Mais, là n’est pas selon nous la racine des résistances ou des freins les plus importants : le vrai différent trouve souvent sa source plus ou moins explicite dans les fondements théologiques, pastoraux et ecclésiaux de la nouvelle évangélisation, développés depuis près de 30 ans par Jean-Paul II puis Benoît XVI, qui insistent sur plusieurs points essentiels de doctrine ou de pastorale :


1/ La seule mission de l’Église est de répondre au commandement fondateur du Christ « Allez, de toutes les nations, faites des disciples ! »[1] . Sa mission est donc d’annoncer et de témoigner explicitement de l’Amour de Dieu et du Salut du Christ, pour que les hommes accueillent l’Evangile et confessent la foi en Jésus-Christ - Sauveur, Seigneur et Maître - pour leur plus grand bénéfice : libération, guérison, joie, … Toutes les œuvres de l’Eglise - charité, solidarité, éducation, dialogue, liturgie, enseignement, …- sont donc directement ordonnées à cette mission.


2/ Cette finalité apostolique et évangélisatrice doit donc se traduire prioritairement par une prédication kérygmatique et un témoignage de vie, avec pour objectif explicite de viser, puis d’obtenir, par la grâce de Dieu, la conversion des interlocuteurs : d’une part, la conversion des non-croyants et des baptisés peu-croyants à la personne de Jésus-Christ, puis leur intégration dans l’Église ; d’autre part, une sorte de seconde conversion de tous les baptisés et pratiquants. Cette conversion est le passage souvent déterminant pour que s’engage un chemin de sanctification de vie au cœur du monde, une redécouverte de la foi en Christ, une vraie vie et familiarité avec l’Esprit Saint, un renouvellement de la vie spirituelle, un goût prononcé pour la Parole de Dieu et les sacrements, … et dont le fruit naturel est une implication personnelle plus zélée et une ardeur dans l’évangélisation.


3/ Sur ce socle qui doit recouvrir l’ordinaire et le terrain de son action apostolique, l’ambition de l’Église n’est donc pas de mettre en œuvre des pastorales d’entretien, mais de véritables pastorales d’évangélisation et donc de croissance de la communauté locale des baptisés, comme ce fut le cas à toutes les époques de ferveur et de fécondité dans l’histoire de l’Église : « le Seigneur adjoignait de jour en jour à l’Église ceux qui voulaient être sauvés » (Actes 2, 47). Une telle dynamique fructifie alors logiquement dans le développement de vies consacrées au Christ (vocations au mariage et au célibat, sacerdoce, vie religieuse ou monastique).

Ces fondements de la nouvelle évangélisation sont ancrés dans une compréhension intégrale du concile Vatican II et ne se résument en rien à une sorte de rétro-pédalage passéiste et traditionaliste, comme certains aiment à décrier l’orientation actuelle de l’Eglise. Mais, nous sommes bien conscients que cette approche et ces priorités peuvent heurter certains courants de pensée dans l’Église qui ont fait une relecture sans doute partiale ou partielle du concile et se sont affranchis, depuis, de certains contenus fondamentaux du magistère.
C’est pourquoi, une tâche essentielle de l’Église pendant et après le futur synode de 2012 consacré à la nouvelle évangélisation sera de présenter et d’expliquer au peuple de Dieu avec beaucoup de clarté et de pédagogie son contenu théologique, pastoral et ecclésiologique.

Alex et Maud Lauriot Prevost
Délégués épiscopaux à la Nouvelle Evangélisation – diocèse d’Avignon