Décentralisation missionnaire à Grenoble

27 janvier 2016

Article paru dans « La Croix »

Le diocèse de Grenoble transforme son organisation. Pour donner très concrètement la priorité à l’évangélisation, les effectifs des services diocésains vont être diminués d’un tiers. Ce qui permettra d’envoyer des laïcs dans les paroisses, où ils aideront les curés à élaborer et à porter des projets missionnaires

 

Annick Guillaud a bouclé ses valises début décembre. Adieu la plaine, bonjour les montagnes. Cette quinquagénaire s’est installée sur le plateau de Trièves, entre Grenoble et Gap. Après avoir emménagé au dernier étage d’une vaste maison quittée par les religieuses du Rosaire, elle a fait ses premiers pas de laïque missionnée en paroisse.

C’est un nouvel intitulé de poste pour cette laïque en mission ecclésiale (LEME), salariée depuis 1989 par le diocèse de Grenoble-Vienne, et jusqu’alors rattachée à la pastorale des jeunes, à Grenoble même. D’ici à la rentrée 2017, ils seront 28 laïcs comme elle à desservir l’une ou l’autre des 46 grandes paroisses de l’Isère. Élaborée dans un contexte de crise des vocations, cette vaste réorganisation vise à «ne pas en rester à entretenir la boutique mais à innover», résume le P. Loïc Lagadec, pilote de cette démarche de «transformation missionnaire des communautés».

«Je ne suis pas envoyée pour faire tourner ce qui existe, explique Annick Guillaud. La catéchèse est assurée, les funérailles sont célébrées, etc. Mon rôle sera de faire naître des initiatives, fédérer des énergies, appeler certains à s’engager.»

«Les gens apprécient que l’Église vienne à eux, c’est si souvent l’inverse!»

«Quelques prêtres aimeraient disposer d’une secrétaire paroissiale, mais ce n’est pas du tout l’esprit», sourit Gaëlle Pessus, responsable des ressources humaines du diocèse, confrontée à un «chantier complexe» mêlant mobilité professionnelle et nécessaire discernement. Toutes les nominations ne seront pas aussi évidentes que pour Annick Guillaud, célibataire qui a dit «oui à l’Église», mais chacune fera l’objet d’une réflexion personnalisée.

Comme quatorze autres curés, le P. Marc Cholin s’est porté candidat pour accueillir un laïc. Ce prêtre de l’agglomération grenobloise accompagne un groupe de sept catéchumènes adultes. «Pour renouveler la pastorale ordinaire, il faudrait que je sois soutenu par une personne solide théologiquement, en mesure d’animer des formations, ou d’accompagner les fraternités locales», ces cellules voulues par l’évêque de Grenoble-Vienne (lire «Paroles») à l’échelle des clochers.

Dans le Trièves, pour l’heure dépourvu de curé, la définition d’un tel projet est encore balbutiante. Annick Guillaud s’y est attelée, depuis début décembre : «Je vais à au moins trois messes par week-end et chaque jour, j’enchaîne les rendez-vous, pour des discussions à bâtons rompus, qui me permettent de mieux saisir les attentes. Les gens apprécient que l’Église vienne à eux, c’est si souvent l’inverse!»

«Nous devons adapter l’Église aux réalités d’aujourd’hui»

Car il s’agit bien de rejoindre les besoins exprimés par les communautés, en fonction de leurs spécificités. «La réalité du terrain est souvent différente de ce que la Curie imagine», estime Jean-Michel Mithieux, l’économe diocésain. Ainsi, dans le Trièves, Annick perçoit bien les attentes concernant les jeunes, sur ce plateau reculé où se sont installées de nombreuses familles.

«Nous avons deux gros collèges, mais un seul groupe d’aumônerie. Et rien pour les lycéens, qui poursuivent leur scolarité loin d’ici. Peut-être que l’on peut réfléchir à des propositions de messe le dimanche soir à leur intention», esquisse-t-elle.

Pour accompagner cette dynamique, les services diocésains doivent repenser leur mode de fonctionnement. «Ce n’est pas que nous ayons fait du mauvais travail jusqu’à présent, insiste le P. Lagadec. Mais nous devons adapter l’Église aux réalités d’aujourd’hui.» Et, quitte à «faire du neuf», autant tout remettre à plat.

Conséquence, d’ici à la rentrée prochaine, le nombre de services diocésains sera réduit de quinze à cinq. « Cela va changer nos habitudes, reconnaît Christine Graven, déléguée diocésaine à la diaconie. Jusqu’alors, nous travaillions selon une logique verticale. Une équipe, un lieu, une mission, des formations… Demain, les services devront collaborer. Si nous avons personnellement développé de réelles compétences, nous devrons nous appuyer sur l’expertise des paroisses.» Et ainsi d’autant mieux se mettre à leur service.

***

«Nos structures ne sont pas adaptées»

Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne

«Nous devons retrouver un élan missionnaire. L’Église est attendue. Or, certaines de nos structures sont inadaptées. Le risque est qu’elles tournent pour elles-mêmes, et non au service de la mission. Il serait bien sûr inimaginable de ne plus nous préoccuper de la catéchèse, de l’œcuménisme, ou de la coopération missionnaire.

Cependant, il n’est pas nécessaire d’en faire autant de services diocésains. Ce faisant, nous pourrons envoyer plus de laïcs en mission ecclésiale sur le terrain. Non pas pour mettre des fonctionnaires en paroisse! Mais pour aller au-devant des gens, et leur proposer des relations avec une communauté chrétienne vivante.»

Bénévent Tosseri, à Grenoble (isère)

Lire [l’article en ligne->http://www.la-croix.com/Religion/France/Decentralisation-missionnaire-Grenoble-2016-01-25-1200735037]