François, un pasteur missionnaire aux accents de prophète !

24 juillet 2013

La figure de St François à laquelle s’est rattaché le nouveau pape, renvoie à l’exigence première pour l’Église et les chrétiens d’une vie évangélique et simple, proche des gens, des petits et des pauvres, loin des comportements mondains ou des grands de ce monde.

Sortir de la mondanité

Dès le début de son pontificat, le pape François va conforter ce parti-pris évangélique : il fustige ainsi les réalités ecclésiales devenues « immobiles, malades et en danger à force d’être renfermées sur elles-mêmes » : elles deviennent alors « caduques et pourrissent de l’intérieur ». Plus encore, il en dénonce les responsables, ces « chrétiens de salon, trop bien élevés », « amidonnés, » qui s’avèrent « hypocrites » ou « plein de compromis », les « mondains qui parlent théologie en prenant le thé », les pasteurs ayant comme premier souci leur « image », leur « carrière » ou leur « tranquillité ».
Rarement dans l’histoire, un pape n’aura dénoncé aussi ouvertement la duplicité ou le pharisaïsme qui minent l’Église : à chacun de nous, il rappelle les exigences évangéliques du témoignage personnel et ecclésial, car il en va de la crédibilité même de la mission de l’Église dans le monde.
Cependant, il n’en reste pas à la dénonciation de ces maux, mais, en bon pasteur, il aide à débusquer les causes de ces errances - la tiédeur spirituelle, le conformisme apostolique, la peur des non-croyants, la réduction de la mission à l’action caritative, le manque de radicalité missionnaire et d’annonce de Jésus-Christ - et à en proposer les remèdes : une intimité plus grande avec Jésus-Christ et une docilité à son Esprit-Saint.

Dans la joie et l’espérance

Le pape revient tout d’abord régulièrement sur ce « manque de ferveur », d’engagement car « il existe trop de chrétiens tièdes », passant leur temps à se « lamenter », à avoir peur, à faire preuve de « pessimisme » ou d’« amertume », alors qu’un chrétien doit « se caractériser par la joie et l’espérance » car Dieu nous aime, Jésus nous sauve et l’Esprit-Saint nous conduit.
L’antidote à tout cela selon le pape ? Avant tout la « prière » afin de rencontrer personnellement le Christ en son cœur », d’être « imprégné par son amour », et « vivre avec lui », de devenir « docile à l’Esprit-Saint », ce qui nourrira en nous le zèle, la ferveur, l’amour pour rejoindre les « périphéries existentielles », rejoindre « tant de gens qui ont besoin et attendent l’Evangile ».
Si le missionnaire est « contemplatif », s’il « évangélise à genoux », il n’a « plus peur de se tromper » ou du regard des autres, il ne « craint pas de tomber », il « nage à contre-courant des mondains », il ne se satisfait « pas de compromis », il devient « attirant et persuasif » dans l’Évangélisation ; ainsi « l’Église peut grandir par attraction ».

L’humanitaire et l’apostolique

Les propos du pape François sur la distinction entre action humanitaire et apostolique sont également très clairs : « si on réduit l’Église à une ONG humanitaire, on n’est pas disciples du Christ » ; « si on ne confesse pas Jésus-Christ, l’Église devient une ONG pieuse et ça ne va pas » !
L’évangélisation s’accompagne certes d’une vie simple, de prière et de charité, mais elle s’exerce principalement au « travers du témoignage humble et de la prédication convaincante de Jésus-Christ » car « il est l’unique Sauveur de tous les hommes et de tout l’homme ». Par contre, « quand nous ne confessons pas comme Pierre ‘Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant’, nous ne sommes pas disciples et ministres du Seigneur : nous sommes des mondains ».
 

Une Église qui sort

Enfin, le pape n’a de cesse de déplorer le manque de radicalité évangélique et de courage missionnaire dans l’Église, fruit direct du manque de ferveur et de foi, ce qui rend beaucoup de chrétiens « incapables d’annonce et de ferveur apostolique ».
Par son engagement dans l’évangélisation, tout baptisé devrait au contraire « s’ouvrir à la nouveauté de l’Esprit-Saint », « aux périphéries existentielles » de l’humanité, « prendre des risques », « déranger par sa prédication et son témoignage ». Selon lui, « quand l’Église perd son courage, sa ferveur, ses certitudes, elle devient immobile, sans fécondité et n’a plus d’efficacité ».
Le pape François exprime ainsi toute sa « préférence » pour une « Église qui sort », même si elle « connaît certains accidents » ; il loue le Seigneur lorsque « l’Église dérange », il exhorte à « la saine folie du zèle apostolique » qui témoigne de « la vraie révolution, celle accomplie par Jésus-Christ, le seul révolutionnaire dans l’histoire qui peut changer le cœur de l’homme ». D’où sa « certitude que l’Esprit-Saint suscite un profond renouveau évangélique, en vue d’une nouvelle rencontre du Christ en mesure de rénover une vie superficielle et routinière », avant tout dans l’Église.
 

Se purifier pour l’évangélisation

Saint François est fréquemment présenté au travers de sa vie évangélique mais on occulte souvent son ministère : il fut avant tout un prédicateur zélé et un évangélisateur hors pair, au service de la nouvelle évangélisation de l’époque pourrait-on dire ; l’Église du XIIIe siècle, très mal menée de l’extérieur par de nombreuses hérésies et de l’intérieur par des vies dévoyées de nombreux clercs, les franciscains (et les dominicains), reconnus et missionés par les différents papes, furent la réponse providentielle de Dieu pour générer cet incomparable élan évangélisateur et un immense renouveau de la foi dans toute l’Europe. 
Le pape François est dans la droite ligne prophétique et évangélisatrice de son saint patron, puisqu’il semble se fixer un but clair : sans état d’âme, purifier l’Église de ses scories qui contredisent l’Évangile, afin d’annoncer le Christ avec d’autant plus de zèle, de radicalité et de crédibilité à tous « ceux qui l’attendent », afin de conduire au Christ ces foules d’aujourd’hui qui « ont besoin » de lui.
L’Église semblait attendre une telle synthèse : Deo gratias !