Kérygme et Témoignage, fondements de la nouvelle évangélisation

4 décembre 2012

« L’Église, née du côté du Christ, est devenue messagère d’une nouvelle et solide espérance : Jésus de Nazareth, crucifié et ressuscité, sauveur du monde, qui siège à la droite du Père et est le juge des vivants et des morts. Tel est le kérygme, l’annonce centrale et impétueuse de la foi. » Benoit XVI - Porta Fidei

 

 

Le synode sur la nouvelle évangélisation réuni en octobre à Rome a rappelé avec force combien l’annonce du kérygme et le témoignage explicite de l’expérience chrétienne, doivent revenir au cœur de la prédication et de l’évangélisation : « Dieu nous aime, Jésus-Christ nous sauve, l’Esprit-Saint nous donne vie, chacun de nous est fait pour Dieu, mais loin de lui, notre cœur est sans repos. Comme tant d’autres, j’en fais l’expérience, ce qui porte tant de fruits dans ma vie. Je t’invite aujourd’hui à te laisser rejoindre et transformer par lui ». Kérygme et témoignage réveillent ainsi en chacun la vie d’enfant de Dieu, marquée de manière indélébile par cette ‘génétique théologique’, celle d’être créé à l’image de Dieu, d’où jaillit cette attente intérieure impérieuse et universelle : « donne-moi de cette eau que je n’aie plus jamais soif » !
Vivre et accueillir personnellement le kérygme est la condition première pour évangéliser : si ma foi est réelle et vivante, Dieu vient peu à peu dilater ma vie car Il me transforme, me libère de mon péché, me relève et me guérit de mes blessures, me pardonne et me console, … . « Les nouveaux évangélisateurs, dit Benoit XVI, sont des personnes qui ont fait l’expérience d’être guéries par Dieu, par l’intermédiaire de Jésus-Christ  », témoignant avec le psalmiste : « Merveilles que fit pour nous le Seigneur, nous étions dans la joie ! » ( Homélie de clôture du Synode). Même si je ne comprends pas bien tous ses chemins, je peux laisser opérer le Salut du Christ en moi, car je le connais, je vis de son amour, j’ai confiance en sa bonté et sa bienveillance. Je goûte concrètement les fruits de ce Salut dans ma vie, je suis témoin des merveilles de Dieu… et je ne peux que les partager aux autres, car me taire, serait égoïste et inhumain.
Annoncer le kérygme, témoigner de ses fruits ‘ici et maintenant’ est le cœur de l’évangélisation, mais témoigner n’est pas d’abord rapporter sa vie sainte, pieuse, morale, charitable, généreuse, … : au contraire, un tel ‘témoignage’ est très souvent contre-productif au plan missionnaire car les interlocuteurs ne se sentent pas concernés, sont culpabilisés ou critiques devant un tel affichage. Le témoignage en vue d’évangéliser vise avant tout le Salut : il rapporte tout ce que Jésus a pu transformer, dilater, sauver, guérir dans ma vie ; d’où l’importance pour chacun d’avoir identifié et discerné comment il a opéré, comment se vivent et fructifient les effets de la grâce car c’est par elle « que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi : vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu » (Ep 2,8).
C’est pourquoi Benoît XVI nous « conseille de relire notre histoire personnelle, de faire mémoire des dons reçus de Dieu pour les transmettre à notre tour. » (Message pour les JMJ 2013)
Le témoignage de la vérité agissante du kérygme ne présente pas de doctrine savante mais des faits personnels et historiques où se sont exprimés concrètement les conséquences néfastes de mon péché, ma soif existentielle, puis mon expérience du Salut avec le Christ, ses fruits de bénédiction, de bien et de bon dans ma vie, et sans doute par conséquence dans la vie de ceux qui m’entourent. Un tel témoignage n’est pas moralisant, mais il interpelle les non-croyants, il nourrit le désir de croire, il édifie les croyants, il accroît en chacun le désir des bénéfices de la foi : la vie nouvelle dans le Christ. Il laisse chacun libre, mais invite à vivre cette expérience, à goûter les merveilles de Dieu offertes à chacun.
Les travaux du synode sont éloquents : les liturgies et l’enseignement sont essentiels à la vie de l’Eglise, de même les œuvres et l’incarnation des valeurs évangéliques pour sa mission, mais si elles sont déconnectées de la source, de l’expérience puissante, personnelle et communautaire du kérygme, il est logique que nos églises se vident et n’attirent plus grand monde. L’expérience apostolique, l’enseignement des papes, les propos des pères synodaux sont clairs et unanimes : l’Eglise redevient attractive lorsqu’elle se recentre sur sa raison d’être, évangéliser, annoncer et témoigner du Salut.
En cela résident le « fondement » et la « nature » de la nouvelle évangélisation ont conclu les pères synodaux dans leur message final, car cette annonce « proclamée avec une puissance spirituelle extraordinaire provoque le repentir du péché, la conversion des cœurs et la décision de foi  ». Ils nous rappellent l’expérience des Actes des Apôtres, fondatrice de toute vie chrétienne et ecclésiale.