Manuel du Nouvel Evangélisateur

5 avril 2013

Alex et Maud Lauriot-Prévost, délégués diocésains à la Nouvelle Evangélisation, publient un « Manuel du Nouvel Evangélisateur. Principes, outils-clefs, spiritualité » chez Salvator, préface de Mgr Dominique Rey, postface du Père Daniel-Ange. Ils le présentent comme « un petit livre à visée essentiellement pédagogique pour les baptisés et les pasteurs ».

Pourquoi proposer aujourd’hui ce « Manuel » ?
 
Alex Lauriot Prevost : Depuis que le père Daniel-Ange nous a appelé en 1984 à le seconder dans la fondation de l’école d’évangélisation Jeunesse Lumière, nous sommes engagés dans cette nouvelle évangélisation. Avant d’être un concept apostolique, c’est avant tout une expérience missionnaire nouvelle, riche et diversifiée, dont il nous fallait vivre et saisir les principaux contours et caractéristiques. Engagés depuis des années dans cette mission sur le terrain, nous nous sommes également efforcés de prendre du recul, de nourrir une réflexion pastorale, d’expliciter les fondements théologiques et spirituels de ce renouveau missionnaire. Ce « réveil » de l’Eglise catholique depuis près d’un demi-siècle concerne le monde entier, mais, comme l’ont souligné au dernier Synode certains observateurs, la France est depuis longtemps un grand laboratoire d’évangélisation « à ciel ouvert » : la sécularisation y est profonde, tandis que le renouveau missionnaire pour y répondre est particulièrement riche et créatif. Dans certains journaux ou hebdomadaires, nous essayons depuis plus de 10 ans de partager régulièrement nos réflexions sur le sujet ou commenter certains évènements. Intervenant également depuis 15 ans dans des formations de laïcs et de jeunes à la nouvelle évangélisation, il nous a fallu faire œuvre de pédagogie, pour expliquer et clarifier ce qu’elle recouvre, pour accompagner ceux qui souhaitent s’y investir. Tout cela restait cependant dispersé dans notre ‘besace’ apostolique !
 
Maud Lauriot Prevost : Avec la convocation en octobre dernier du Synode sur la nouvelle évangélisation, nous avons constaté durant toute l’année 2012 - bien au-delà des cercles habituellement motivés par la question - une très nette montée en puissance de l’intérêt pour cette nouvelle évangélisation : des baptisés, des laïcs et des pasteurs souhaitent aujourd’hui comprendre de quoi il s’agit, certains désirent orienter une paroisse, un service diocésain ou un mouvement vers l’évangélisation explicite. En tant que délégués épiscopaux à la nouvelle évangélisation nous avons été tout naturellement sollicités dans ce sens, bien au-delà de notre diocèse (Avignon). Nous avons donc travaillé à la rédaction de ce petit livre à visée essentiellement pédagogique pour les baptisés et les pasteurs, d’où le titre de « Manuel » : avec des références constantes aux déclarations des 3 derniers papes et aux interventions des pères synodaux, nous y présentons les principes, les outils-clé et la spiritualité de la nouvelle évangélisation.
 
Un « Manuel » rapporte à un savoir-faire : la nouvelle évangélisation est-elle une affaire de technique missionnaire ?
 
Maud LP : Le Synode de 2012 a été extrêmement clair sur ce point : la nouvelle évangélisation n’est pas d’abord une affaire de technique, de parcours ou de programme, même si ceux-ci peuvent être utiles dans sa mise en pratique. Elle repose avant tout sur l’expérience spirituelle, personnelle et communautaire, des baptisés quels qu’ils soient : pour devenir évangélisateur, ainsi que n’ont cessé de dire Benoit XVI et les pères synodaux durant 3 semaines, il s’agit de faire en tout premier lieu l’expérience transformante de la miséricorde du Père, de vivre une nouvelle conversion, de recevoir du Christ les guérisons dont nous avons besoin, d’être embrasés d’amour, de zèle et de compassion par le feu de l’Esprit. C’est à l’opposé de l’idéologie, de la militance ou du prosélytisme. Ancienne et nouvelle évangélisations puisent à la même source, l’expérience intime et transformante de la foi, et non à une simple connaissance livresque ou rituelle de la religion catholique et de la morale qui en découle. Evangéliser n’est que le débordement d’un cœur touché par l’expérience bouleversante de la libération intérieure, d’une nouvelle naissance dans la foi (cf. Jn 3).
 
Alex LP : Cette évangélisation est dite « nouvelle » dans le sens d’un « renouveau », et non d’une nouvelle mode ou technique : c’est une pratique renouvelée de la mission qui actualise les fondamentaux de l’évangélisation depuis 2000 ans, et dont l’évènement missionnaire de la Pentecôte demeure la référence fondatrice par excellence. Cette expérience réveille alors chez pasteurs et baptisés le désir impérieux de partager cette Bonne Nouvelle, suscite de nouveaux appels et de nouvelles vocations, réveille des charismes enfouis, irrigue la conversion en vue de la mission, réveille la créativité missionnaire, inculture le propos évangélisateur, entraine les communautés chrétiennes à répondre clairement au commandement du Christ : « Faites des disciples ! »
Maud LP : Avec la volonté d’ancrer constamment notre propos dans le magistère, ce « Manuel » cherche donc à revisiter et présenter de manière pédagogique les fondamentaux communs à toute expérience d’évangélisation : qu’on soit investi dans un diocèse, un mouvement ou une communauté, qu’on soit curé de paroisse, catéchiste ou animateur d’aumônerie, qu’on anime des Cours Alpha en paroisse ou des missions de rue avec Anuncio, qu’on prépare au baptême ou au mariage, qu’on soit au service des plus démunis ou des funérailles, … tous, nous sommes concernés et appelés à « faire des disciples ». Pour participer à ce renouveau missionnaire, la première étape consiste donc à nous convertir, à nous laisser brûler de manière nouvelle par l’Esprit Saint. Alors, nous serons contagieux de Dieu !
 
Concrètement, quels sont les grandes thématiques de ce « Manuel » ?
 
Alex LP : En premier lieu, il nous a paru important de resituer la nouvelle évangélisation dans sa genèse. Ce renouveau missionnaire ne s’est inscrit dans aucun programme pastoral préétabli, il a été suscité par « l’irruption de l’Esprit-Saint » comme le « fruit le plus mûr du concile » disait Benoit XVI. Ensuite nous cherchons à préciser ce qui caractérise sa « nouveauté » et ce qui constitue les grandes lignes de la spiritualité de la nouvelle évangélisation. Nous abordons ce qu’est le kérygme, « fondement » et « nature » de la nouvelle évangélisation comme l’ont souligné les pères synodaux (Chap.1 propositions post synodales, oct. 2012), attestation de l’amour immense de Dieu pour chacun, de la réalité vivante et transformante du Salut du Christ, de la vie dans l’Esprit qui en résulte.
 
Maud LP : Le processus d’évangélisation est très clair : il commence par une première annonce convaincante et vivante du kérygme, puis s’articule avec la catéchèse jusqu’à adjoindre à la communauté chrétienne de nouveaux frères. Cette annonce « proclamée avec une puissance spirituelle extraordinaire provoque le repentir du péché, la conversion des cœurs et la décision de foi » comme l’ont affirmé les Pères Synodaux. C’est pourquoi, nous prenons le temps d’expliquer le pourquoi et le comment des effets du kérygme, d’en discerner les fruits apostoliques, tant chez celui qui l’entend, que chez celui qui l’annonce. Dans cette perspective, nous présentons trois outils-clé essentiels à cette annonce kérygmatique : le témoignage missionnaire, la prédication évangélisatrice, les événements qui favorisent le face-à-face avec Dieu dans l’intimité des cœurs. Trois outils-clés avec lesquels tout baptisé devrait être familiarisé selon nous.
 
Alex LP : Nous abordons enfin la nécessité de la conversion de chacun en vue de la nouvelle Evangélisation, élément central sur lequel est revenu longuement le dernier synode. Nous prenons le temps de décrypter les dérives qui ont conduit certains à croire que l’appel à « faire des disciples », à évangéliser avec l’objectif de conduire les non-croyants à la foi, n’avait plus lieu d’être depuis Vatican II. Cela permet d’expliquer en partie certaines difficultés des dernières générations à transmettre et annoncer la foi. La nouvelle évangélisation, ancrée dans l’important travail théologique et pastoral du magistère, replace peu à peu l’Eglise dans la juste perspective missionnaire voulue par les pères conciliaires ; Benoit XVI a d’ailleurs beaucoup œuvré dans ce sens. Il nous a donc semblé opportun de donner quelques clés aux nouveaux évangélisateurs pour comprendre l’origine et les raisons des freins ou des réactions négatives que certains rencontrent encore aujourd’hui sur le terrain. Rien de grave, tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, mais ces clés permettent de mettre en perspective, de ne pas vivre des remises en cause inutiles, d’avancer avec foi et amour malgré les épreuves.
 
L’Eglise vient d’accueillir un nouveau pasteur, le pape François : croyez-vous qu’il soit attaché à la Nouvelle Evangélisation ?
 
Alex LP : La figure de Saint François dont le nouveau pape se réclame très explicitement renvoie à l’exigence pour l’Eglise et les chrétiens d’une vie évangélique et simple, proche des gens et des pauvres, au service d’abord des malades et non des bien-portants, au service de la justice et donc loin des fonctionnement mondains. C’est essentiel : la hiérarchie est selon lui en première ligne, mais nous sommes tous concernés par cette exigence afin de vivre cette attitude de cœur, une vie humble, simple, proche de tous, et non pas docte et compassée, précieuse et loin de la vie des gens. Un tel témoignage est la condition de la crédibilité du message évangélique et donc des fruits de l’évangélisation ; cependant, le pape François l’a dit très clairement aux cardinaux dès le lendemain de son élection : l’Eglise n’est pas une « ONG pieuse », car sa priorité est de confesser et d’annoncer le Christ. Il l’a dit sans pincettes : « quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du diable » ! Chaque chrétien, chaque communauté chrétienne doit donc selon lui confesser le Christ, sinon on construit « des châteaux de sable » sur une plage où bientôt « tout s’écroule, c’est sans consistance ». Difficile d’être plus clair !
 
Maud LP : Souvent, les médias présentent uniquement Saint François sous son angle d’homme humble et pauvre, de grand ami de la paix, de la création et de tous les hommes ! C’est très vrai, mais ce témoignage de vie et cette attitudes ne sont cependant pas selon lui un but en soi, mais au service de sa mission première, la nouvelle évangélisation de l’époque pourrait-on dire : l’Eglise du XIII°, très malmenée de l’extérieur par de nombreuses hérésies et de l’intérieur par des vies dévoyées de nombreux clercs, les franciscains (et les dominicains) furent la réponse providentielle de Dieu pour générer ce nouvel élan évangélisateur au moyen-âge. Ces ordres n’avaient pas de mission caritative, mais étaient centrés sur la prédication et l’annonce de la Vérité en vue de ré-évangéliser l’Italie, les pays d’Oc, puis toute l’Europe. Leur prédication fut d’une redoutable efficacité au profit d’un renouveau ecclésial sans précédent.
 
Alex LP : A la suite de Saint François, le zèle évangélisateur du nouveau pape, sa foi dans le renouveau qu’impulse à cette fin l’Esprit-Saint, sa certitude dans la soif de l’homme d’accueillir le Christ, sont très clairs : « Ayons la ferme certitude de ce que l’Esprit offre à l’Eglise : avec son souffle puissant, il offre le courage nécessaire à persévérer et de nouvelles méthodes d’évangélisation à porter jusqu’aux extrémités de la terre. La vérité chrétienne est attrayante et convaincante si elle répond aux besoins profonds de la vie humaine et annonce clairement le Christ comme unique Sauveur de l’homme, de tous les hommes. C’est une annonce valable aujourd’hui comme à l’aube du christianisme, lorsque se produisit la première grande expansion missionnaire de l’Evangile... ». A certains qui estiment que ce pape va se contenter de parler essentiellement de solidarité et d’écologie, nous les invitons à regarder de plus près : il est rempli du feu de l’amour, de la pureté de vie évangélique, du zèle pour l’évangélisation, d’un amour brulant pour le peuple de Dieu et la Vérité ; il sait s’exprimer de manière simple, spontanée et vraie, ce qui est très actuel et touche beaucoup, mais c’est visiblement un anti-mondain face à tous les cercles du pouvoir, qu’ils soient ecclésiastiques, politiques ou culturels. Quel cadeau pour l’Eglise !
 
Maud LP  : Son expérience comme archevêque de Buenos Aires a montré qu’il témoignait à temps et contre temps, à l’encontre des modes et des idéologies : il annonce, mais aussi dénonce et sait mettre les points sur les i ; le pouvoir civil et médiatique en savait quelque chose ! Son mode d’expression est certes accessible, mais le contenu de son propos est tout sauf de la langue de buis. Accrochons les ceintures, ça va selon nous décoiffer ! Il est doux et humble de cœur mais c’est un roc, il a des accents de vrai prophète : il va tous nous bousculer, nous mener sur un chemin de radicalité de conversion, de vie évangélique, de vie dans l’Esprit, d’amour de Jésus, de son Eglise et du zèle pour les âmes, dans un unique but : l’évangélisation pertinente et crédible du monde moderne, apporter le Salut du Christ à tous les hommes de notre temps. Que rêver de mieux pour des « nouveaux évangélisateurs » ?
 
Source : Zenit.org