Nouvelle évangélisation : Donner du temps au temps

15 mars 2012

La nouvelle évangélisation est déjà en germe dans les textes conciliaires, soulignent nos deux derniers papes. 50 ans plus tard, un synode lui est consacré. Il faudra sans doute encore autant de décennies pour qu’elle imprègne l’ensemble des activités apostoliques de notre Eglise. En ce domaine, la patience est de mise sans atténuer l’urgence de la mission.

 

 

Le fruit mûr et abouti du Concile
Pour Jean-Paul II, puis Benoît XVI, la nouvelle évangélisation est le fruit mûr et abouti du concile Vatican II : elle établit selon eux une puissante synthèse entre la tradition apostolique bi-millénaire de l’Église et le renouveau conciliaire. En effet, la nouvelle évangélisation est en germe dans tous les textes conciliaires ; elle est portée sur les fonds baptismaux lors de la publication de l’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi de Paul VI en 1975 ; elle est la ligne conductrice de l’enseignement et de l’action apostolique de Jean-Paul II ; elle est officiellement reconnue comme la ligne pastorale centrale de l’Église au début du troisième millénaire (Novo Millennio Ineunte) et comme confirmée en cela par le synode qui lui est consacré en octobre 2012, date explicitement retenue pour marquer le 50éme anniversaire de l’ouverture du Concile.
 
L’urgence de la mission ne fait pas l’économie de la patience
Près d’un demi-siècle pour en arriver à cette étape… et sans doute en faudra-t-il un autre, au moins deux générations, pour qu’elle imprègne effectivement tout le terrain de l’action apostolique de l’Église en ses nombreuses et très diverses réalités. Même si les plus impatients peuvent effectivement le regretter, il n’est pas étonnant qu’une institution aussi importante et ancienne que l‘Église, si diversifiée par ses cultures, ses traditions et ses histoires locales, demande du temps pour mettre en œuvre à une échelle universelle un changement pastoral majeur ; pourtant, lui seul pourra inverser la tendance et entraîner une nouvelle vague de croissance de l’Église et des communautés catholiques, particulièrement dans les sociétés modernes et urbaines si imprégnées de sécularisation depuis des décennies.
 
Si la nouvelle évangélisation réveille donc légitimement une grande espérance et donc une grande énergie apostolique, il est nécessaire de garder patience, d’être lucide et de comprendre les freins, les difficultés et les résistances, que ce soit sur le terrain pastoral dans les paroisses et les diocèses, ou sur le plan intellectuel voire théologique. Comme il a fallu du temps durant ces cinquante ans pour que mûrisse peu à peu et s’expérimente de si diverses manières cette nouvelle évangélisation, il faudra encore du temps, de la pédagogie et de la patience, pour que ce don de la grâce en notre temps porte un fruit très large de bénédiction.
 
L’Esprit impulse régulièrement des phases de réveil dans l’Eglise
Sur le fond, la nouvelle évangélisation n’est en rien incompatible avec l’ensemble des pastorales, des plus singulières au plus ordinaires : Jean-Paul II ne soulignait-il pas régulièrement qu’elle est appelée à revivifier l’ensemble de la mission de l’Église et à devenir le socle de son renouvellement ? En France, le développement de la nouvelle évangélisation au cœur des diocèses ou des paroisses a souvent été quelque peu contenu en raison de certaines craintes ou résistances. Cependant, depuis une dizaine d’années, les faits illustrent que la nouvelle évangélisation investit peu à peu la pastorale courante : le développement de nouveaux parcours d’évangélisation en paroisse, comme les Cellules Paroissiales d’Évangélisation et surtout les Parcours Alpha, le renouveau d’une pastorale explicitement évangélisatrice dans des aumôneries universitaires en sont des signes clairs ; les orientations affichées par de plus en plus d’évêques illustrent qu’émergent clairement des ambitions pastorales ancrées dans cette nouvelle évangélisation. Face aux incompréhensions, voire aux réserves ou aux résistances, son développement passera nécessairement par un effort patient et important de pédagogie.
 
Rien de plus logique et rien de bien nouveau dans l’histoire de l’Eglise que l’expression de certains freins au changement : comme l’expliquent de nombreux experts de l’histoire de l’Eglise, la nouvelle évangélisation n’est en fait qu’un « nième » réveil impulsé par l’Esprit-Saint durant sa longue existence : le renouveau spirituel et missionnaire depuis 50 ans n’est, aux yeux de l’histoire, qu’une nouvelle vague d’un mouvement constant et régulier, quasi-séculaire, dans l’Eglise depuis 2000 ans.
 
Des pépinières d’initiatives nouvelles
Au fil de son cheminement terrestre, l’Eglise universelle se renouvelle ainsi périodiquement au travers de défricheurs et d’innovateurs : aujourd’hui comme hier, ce sont bien souvent les nouveaux mouvements et communautés apostoliques qui s’aventurent sur des voix nouvelles ; une fois discernée et confirmée, la nouveauté de leurs charismes pénètre plus largement l’Eglise universelle et la « pastorale ordinaire », au service du peuple de Dieu. Rien de plus logique : l’Esprit-Saint semble ainsi assigner dans l’Eglise aux mouvements et communautés un charisme de veilleur, d’incubateur et de pépinière qui, au service des autres, perçoit et discerne les appels nouveaux de l’Esprit.
 
Tout changement suscite des réactions, des espérances mais aussi des peurs et parfois même des jalousies : l’histoire de l’Eglise n’en est donc pas exempte, notamment dans les périodes de mutation ou de crise, où, par exemple, des tensions parfois importantes entre prêtres réguliers et séculiers ont éprouvés les protagonistes (par exemple entre le clergé séculier, et les franciscains ou dominicains au XIII° siècle). C’est donc une grande sagesse et délicatesse pastorale qui s’impose aujourd’hui à tous, sans pour autant craindre de déranger certaines pastorales qui ronronnent ou ne savent peut-être pas se remettre en cause : « La fuite du conflit sous prétexte de communion, est parfois la norme pastorale suprême. La foi est une épée à double tranchant dit l’apôtre, et peut exiger le conflit pour le combat de la vérité et de l’amour. Un concept d’unité d’Eglise où l’on achète le silence intérieur par le renoncement s’avèrerait trompeur » analysait le Cardinal Ratzinger.
 
Des évêques qui donnent une vision missionnaire à leur diocèse
Aujourd’hui, l’expérience montre que le développement de la nouvelle évangélisation au sein des diocèses est d’autant plus pacifié que l’évêque et les différents responsables pastoraux savent tout à la fois donner une vision, un sens à l’évolution attendue, s’impliquer activement tout en manifestant patience, pédagogie et respect pour ceux qui ont plus de difficultés. Le chemin est certes long, mais le but est clair : engager une véritable pastorale de croissance de la communauté locale des baptisés, comme ce fut le cas à toutes les époques de ferveur et de fécondité dans l’histoire de l’Église : « le Seigneur adjoignait de jour en jour à l’Église ceux qui voulaient être sauvés1 ».
 
 
Alex et Maud Lauriot Prevost
Délégués épiscopaux à la Nouvelle Evangélisation – Diocèse d’Avignon
 
1 Actes 2, 47