Nouvelle évangélisation : L’irruption de l’Esprit Saint

25 janvier 2012

 

 

Afin de saisir les enjeux de la nouvelle évangélisation et lui donner toutes ses chances de développement dans les sphères très diverses de la pastorale, l’Église et tous ses pasteurs sont invités par Benoît XVI à tenir compte de l’importance et de la complémentarité de ses fondements christologiques et pneumatologiques, du bon équilibre des fonctions sacerdotales et charismatiques pour une saine vitalité du corps ecclésial. La méditation de certains écrits du Cardinal Ratzinger puis de Benoît XVI s’avère en ce sens particulièrement instructive.

Le futur pape exprima ainsi, dans une conférence magistrale[1], sa profonde conviction : la primauté donnée aux fonctions hiérarchiques et sacerdotales dans l’Église ne peut justifier d’éteindre ou de rabaisser, de fait, les fonctions prophétiques qui l’habitent. Selon lui, les grâces christologiques et charismatiques doivent se féconder mutuellement et fructifier non seulement en chaque baptisé, mais également au sein de l’Église et de ses institutions au travers des ministères différents et complémentaires. La « nature de l’Église est organique » soulignait-il, elle est un corps qui tient son principe d’unité et de vie dans ce double ancrage fondateur indissociable.

Il est ainsi « évident » pour le futur Benoît XVI que « l’essence et la mission » de la nouvelle évangélisation ne peuvent se comprendre si on ne saisit pas combien depuis toujours « Dieu éveille des hommes prophétiques qui crient à l’Église la parole juste qui n’obtiendrait pas sa force dans la marche normale de l’institution ». C’est là la surprenante et salutaire « irruption de l’Esprit-Saint », titre d’un ses livres paru en 2007 : « cette irruption que personne n’avait prévue au cœur de l’hiver ».

C’est pourquoi, dans cette même conférence, le cardinal Ratzinger pressait avec beaucoup d’énergie les pasteurs de l’Église (évêques, prêtres) et tous les responsables, y compris les laïcs, à être bien davantage à l’écoute de ce que l’Esprit Saint dit à l’Église :

  • à la suite des conseils de saint Paul - « ne pas éteindre l’Esprit » - il est important de ne pas figer l’organisation habituelle ou des conceptions pastorales trop rationnelles ou systématiques : « N’érigez pas vos propres plans pastoraux en norme ce qu’il est permis ou non à l’Esprit Saint d’opérer : à cause de toute cette planification, les Églises pourraient devenir imperméables à l’Esprit de Dieu, à sa force dont elles vivent » ; la vitalité des Églises gagnerait, selon lui, « à un peu moins d’organisation, et à un peu plus d’Esprit Saint »
 
  • savoir accueillir les aiguillons pastoraux, qui peuvent être salutaires pour l’annonce de l’Évangile : « La fuite du conflit sous prétexte de communion, est parfois la norme pastorale suprême. La foi est une épée à double tranchant dit l’apôtre, et peut exiger le conflit pour le combat de la vérité et de l’amour[2]. Un concept d’unité d’Église …où l’on achète le silence intérieur par le renoncement au témoignage s’avèrerait trompeur »
 
  • ne pas assécher les dynamiques missionnaires par des considérations trop savantes ou distantes, car beaucoup ont « laissé s’installer un esprit ‘éclairé’ et blasé qui taxe de fondamentalisme la foi et le zèle de ceux qui ont été saisis par l’Esprit Saint et qui n’admet qu’une foi pour laquelle les ‘si’ et les ‘mais’ deviennent plus importants que le cœur même de la foi ».

Comme le « bon pape Jean » (Jean XXIII), considéré avec dédain par certains comme un « pape de transition », avait convoqué le concile en provoquant un véritable tremblement de terre, notre cher Benoît XVI, l’air de rien, derrière ses airs très doux et conciliants, est en train d’installer avec la nouvelle évangélisation une petite révolution pastorale au cœur de l’Église : dans une profonde communion avec le siège de Pierre et tout en confessant la vraie foi, re-donner la parole à l’Esprit-Saint, lui laisser prendre les commandes, se laisser à davantage déranger par le feu de Pentecôte ! C’est pourquoi, les détracteurs de Benoît XVI ou de l’orientation actuelle de l’Eglise qui parlent de restauration traditionaliste, de nostalgie de chrétienté ou de retour en arrière pastoral font une analyse en complet contre-sens du puissant renouveau qui est en train de s’opérer : ce n’est pas à une re-cléricalisation qu’on assiste, mais à un réveil de l’Esprit-Saint, un retour cher à nos frères séparés protestants ou orthodoxes - à un plus grand équilibre des places respectives du Fils et de l’Esprit, les « deux mains du Père »

Cette révolution de la « nouvelle évangélisation » sera indéniablement l’orientation pastorale centrale du pontificat de Benoît XVI : il crée le Conseil Pontifical consacré à la promotion de la nouvelle évangélisation (2010), il convoque un synode en 2012 sur ce thème pour le 50e anniversaire du concile Vatican II, et il décrète une « année de la foi » pour 2012-2013. Humblement, mais de manière très lucide et clairvoyante, Benoît XVI tire simplement les conclusions d’un long processus de renouveau de la foi et de réveil spirituel et missionnaire que l’Esprit Saint – « sans aucun programme pastoral pré-établi par quiconque » - a visiblement répandu de manière constante, puissante et très diversifiée depuis cinquante ans au sein de l’Église.

Benoît XVI décide donc de faciliter au cœur de l’Église et de ses institutions l’accueil d’un souffle charismatique et évangélisateur puissant, espérant par là donner toute la bénédiction et l’appui ecclésial universel à un renouveau certes dérangeant, mais puissant et salutaire. Sa sagesse est grande : la graine met toujours du temps à germer et la plante à pousser, mais la dynamique est irréversible. L’espérance est immense, mais elle est sage et lucide.

Alex et Maud Lauriot Prevost
Délégués épiscopaux à la Nouvelle Evangélisation – diocèse d’Avignon