Nouvelle évangélisation : Le fruit d’une longue gestation

9 février 2012

 

 

La nouvelle évangélisation apparaît, pour Benoît XVI, comme un nouvel appel de Dieu pour réveiller l’Eglise et une orientation claire donnée par le Saint-Esprit car il « considère opportun d’offrir des réponses adéquates afin que l’Église toute entière, se laissant régénérer par la force de l’Esprit Saint pour se présenter au monde contemporain » et, pour cela, d’« être en mesure de promouvoir une nouvelle évangélisation : il n’est pas difficile de percevoir que ce dont ont besoin toutes les Églises qui vivent dans des territoires traditionnellement chrétiens est un élan missionnaire renouvelé »

Avant même son élection, le Cardinal Ratzinger s’est attaché aux côtés de Jean-Paul II à enraciner la nouvelle évangélisation sur des assises théologiques et ecclésiales très solides. Dotés de personnalités et de formations bien différentes, mais tous deux très fins connaisseurs de la pensée des philosophes et des intellectuels des XIX° et XX° siècles, ils mesurent alors sans doute mieux que quiconque le lien étroit entre le drame existentiel de l’homme contemporaine et la sécularisation occidentale, le contraste entre le vide immense qui mine les sociétés de consommation et la pertinence de l’Évangile du Christ pour y remédier. Ils discernent, dès le début des années 80 , les réalités et les fruits missionnaires très prometteurs de ce qu’on appellera bientôt à Rome les « Nouveaux Mouvements Ecclésiaux » devenus, depuis les années 60, l’incubateur et le laboratoire non seulement d’un renouveau de la foi et de la vie dans l’Esprit, mais aussi d’apostolats nouveaux et diversifiés, qui donneront avec Jean-Paul II le concept de nouvelle évangélisation.

Déjà, Paul VI eut le premier cette lecture des « signes des temps ». En 1975, dix ans après la clôture du concile Vatican II, il avait posé deux actes majeurs dont on saisit aujourd’hui la clairvoyance prophétique : il publia l’exhortation apostolique sur « L’évangélisation dans le monde moderne », première ébauche de la nouvelle évangélisation ; il accueillit également à la Pentecôte à Saint-Pierre les représentants du Renouveau Charismatique du monde entier en attestant que « le Renouveau est une chance pour l’Église ».

Le futur Benoît XVI a donc rapidement fait le lien entre cette éclosion et ce renouveau non programmé au sein de la jeunesse catholique et la puissante vague missionnaire que ces mouvements ont suscitée. Ce fut, pour lui, le signe caractéristique du « nouveau printemps de l’Église » annoncé par Jean XXIII à l’ouverture même du concile Vatican II.

Le cardinal Ratzinger fit sa propre expérience auprès des communautés nouvelles et du renouveau charismatique dès le début des années 60, ce qui fut pour lui « une grâce, une joie dans son sacerdoce et aussi un grand encouragement » pour affronter confessa-t-il «  deux grands périls dans l’Église » : l’académisme théologique froid et distant, et la bureaucratie ecclésiale ! Joseph Ratzinger témoigna donc avec beaucoup de joie de « voir des jeunes touchés par la force du Saint-Esprit, affichant un grand enthousiasme, une expérience de foi vivante au cœur de l’Église catholique ».

Comme théologien, il y discerne « l’irruption de l’Esprit Saint que personne n’avait prévu au cœur de l’hiver » que fut cette période si troublée et comme symbolisée « par 68 qui marqua le début d’une explosion du sécularisme (et qui) a miné les fondements chrétiens de notre société. » « Pour ainsi dire, confie-t-il, l’Esprit Saint prit la Parole : la foi s’éveillait chez les jeunes, sans ‘mais’ ou ‘si’, sans subterfuge ou porte de sortie, vécue dans sa totalité et comme un immense cadeau qui fait vivre » soulignant par ailleurs que « s’ils n’attirent pas l’attention de l’opinion publique, ce qu’ils font indique l’avenir » : le jeune expert du concile percevait déjà le futur de l’Église qui se dessinait.

Comme pasteur, le cardinal Ratzinger reconnaît l’authenticité de l’expérience chrétienne de ces mouvements : « la mission suppose une rencontre personnelle et profonde avec le Christ, le plus souvent à partir de la force des charismes », car lorsqu’« une personne peut témoigner qu’elle est profondément touchée par le Christ, une autre peut alors être touchée au fond d’elle-même par l’action unifiante de l’Esprit Saint ». C’est, en effet, le processus intérieur universel de la mission qui porte un fruit de conversion.

Il était le cardinal le plus proche de Jean-Paul II et « le » point d’appui le plus solide du pape depuis le début des années 80 : c’est à ce titre qu’en 2005, le consistoire, encore tout bouleversé par la disparition de Jean-Paul II et de l’immensité de son œuvre apostolique, a élu sans tarder le cardinal Ratzinger comme nouveau pape afin de faire fructifier le trésor de ce pontificat exceptionnel. Benoît XVI lui-même confirma, peu de temps après son élection, qu’il avait pour mission de faire assimiler et de diffuser l’enseignement immense de Jean-Paul II, « Homme du Concile et pape qui nous aide à être véritablement Église de notre temps et des temps futurs ».

Aujourd’hui, il constate dans le monde entier que là où les Églises sont marquées par un rajeunissement, une dynamique d’apostolat des laïcs, un renouveau des vocations, … c’est bien le souffle puissant de l’Esprit Saint et la mise en œuvre de la nouvelle évangélisation qui les caractérisent.
C’est là tout l’enjeu des orientations et des décisions de Benoît XVI : favoriser bien davantage la diffusion de ce vent nouveau de Pentecôte et de mission afin que l’Église universelle, dans toute sa diversité, en soit renouvelée.

Alex et Maud Lauriot Prevost
Délégués épiscopaux à la Nouvelle Evangélisation - Diocèse d’Avignon