« Quelque chose de vraiment radical est en train de se produire dans notre monde »

15 janvier 2013

Propos de Mgr Fisichella

Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, est intervenu lors de la célébration qui a conclu l’année jubilaire du 150e anniversaire de la mort de Pauline, le 9 janvier 2013, à Lyon.

Extraits de son intervention (cf. Zenit du 11 janvier) :

 « La crise de la foi a produit la crise de l’amour et de l’espérance. L’amour lui-même est comme humilié en n’étant plus compris comme un don total et durable de soi à la personne aimée. C’est donc que quelque chose de vraiment radical est en train de se produire dans notre petit monde. (…)
Un chrétien n’appartient pas à une secte, mais à une communauté. Si nous étions une secte, il serait facile d’être sauvé d’une telle condition en opposant un refus à ce monde et à cette culture. Au contraire, le christianisme est entré dans l’histoire et notre foi en Jésus nous oblige au réalisme. Le mystère de l’incarnation du Fils de Dieu – qui, il ne faut pas l’oublier constitue l’originalité propre de notre religion à l’égard de toutes les autres – signifie que Dieu entre directement dans le monde, non comme spectateur, mais comme Sauveur. Depuis toujours, nous, chrétiens, avons compris notre foi comme une présence au monde, tout en ayant conscience de ne pas être du monde.
 La Lettre à Diognète (II° siècle) le rappelle clairement : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres ; ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent ; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité. En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde…Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter. » (Lettre à Diognète, V, 1-17 ; VI, 1.10).

Il n’est pas permis d’abandonner le poste où Dieu nous a placés. C’est pourquoi s’enfermer dans nos églises serait contradictoire. Ce serait sans doute plus facile s’il s’agissait de vivre de la nostalgie, qui nous est d’un grand secours quand il faut se démarquer de l’indifférence générale lors des grandes fêtes, et des traditions qui ont accompagné notre enfance. Agir ainsi serait rendre vaine la Pentecôte et réduire à néant la nouveauté introduite dans l’histoire par la révélation en Jésus-Christ et la foi en lui. Nous sommes porteurs d’un message qui atteint l’homme au plus intime, et qui porte la réponse définitive à la demande de sens qui habite le cœur de chacun. C’est notre paresse qui priverait l’homme contemporain de cette présence et de cet apport, et cela ne nous est pas permis. Etre « sel de la terre » (Mt 5, 13), « lumière du monde » (Mt 5, 14) ou « une ville située sur une haute montagne » (id) ne nous rend pas meilleur que les autres, mais nous oblige à une grande responsabilité et au service. A la paresse de ceux qui préfèrent ignorer les changements pour ne pas être obligés de réagir, qui préfèrent suivre leur propre chemin en prétendant suivre la voix juste et en obligeant les autres à adopter leur vision des choses, doit répondre notre audace. L’audace a ceci de propre qu’elle connait ses limites et sa faiblesse, tout en se reconnaissant animée par l’Esprit Saint pour affronter la vie et le monde avec confiance et espérance. L’Evangile est en mesure de transformer réellement la vie des hommes, pour peu que les croyants soient conscients de sa force et de son agir pour en avoir fait l’expérience en eux-mêmes. »