S’inspirer du « grand enthousiasme de toutes les expériences qui ont permis de mettre en œuvre la nouvelle évangélisation »

10 octobre 2012

Deuxième jour du Synode

En ce jour, ce sont les grandes conférences épiscopales qui se sont exprimées par la voix de leur président ou représentant, avec une intervention remarquée de Mgr Fisichella, président du Conseil Pontifical pour la promotion de la Nouvelle Évangélisation.

 

 


L’apostolat de la prière et de l’action
Le cardinal Angelo Sodano, doyen du Collège des cardinaux souhaite que ce Synode sur la nouvelle évangélisation s’ouvre « avec courage et optimisme ». Il conseille « l’apostolat de la prière à côté de l’apostolat de l’action » pour une nouvelle évangélisation « afin d’affronter les défis auxquels doit faire face aujourd’hui l’Église, en maîtrisant toute forme de scepticisme et en ayant confiance dans l’aide du Seigneur » .Il confie : « J’ai tenté de me préparer à notre assemblée en relisant attentivement, au cours des derniers mois, les “Actes des Apôtres”. L’on y voit déjà clairement comment l’œuvre évangélisatrice de l’Église était le fruit de différents facteurs, des paroles et des initiatives pratiques des Apôtres, tout comme de l’intervention continue de la grâce de Dieu qui ouvrait les cœurs à l’acceptation de la Bonne Nouvelle ».
Mille baptêmes dans une paroisse en un an : le modèle chinois
Le cardinal John Tonh Hon, archevêque de Hong Kong a rapporté : « En Chine du Nord, un prêtre des campagnes a partagé avec moi son expérience de l’évangélisation. Après avoir beaucoup prié, il a décidé de diviser les paroissiens en deux groupes ayant deux différentes missions. Il a confié aux nouveaux baptisés la mission de convier leurs amis et les membres de leurs familles n’étant pas catholiques à apprendre la catéchèse ; quant à ceux qui étaient catholiques depuis longtemps, leur mission a été d’enseigner le catéchisme aux catéchumènes ». « Tout au long de cet enseignement, a-t-il précisé, ce prêtre a prié de façon très fervente dans son église. La paroisse a finalement été le témoin de plus de mille baptêmes en un an ».
Le cardinal a ensuite invité à « prendre la Première communauté chrétienne comme modèle d’évangélisation », citant ses trois caractéristiques : enseignement (didache), communion (koinonia), service (diakonia).
  • «  Didache signifie, a-t-il expliqué, une doctrine, qui n’est pas seulement une théorie, mais plutôt une perception personnelle de l’incarnation, de la crucifixion, et de la résurrection de Jésus Christ » ;
  • « Koinonia veut dire communion à différents niveaux : avec Dieu avant tout ; puis avec le reste des membres de l’Église ; et enfin avec le reste du monde, en particulier avec les pauvres » ;
  • « Diakonia signifie service avec lequel Jésus nous enseigne à ne pas être servis mais à servir jusqu’à un don total de soi, menant ainsi jusqu’à la croix ».
Il a spécialement insisté sur l’enseignement en faisant observer que « de nos jours, confrontés à une culture matérialiste dans le monde, ainsi qu’au problème de nombreux catholiques qui désertent l’Église, nous devons être des témoins zélés de notre foi ».
Il recommande de prêter une « attention particulière aux jeunes », pour qu’ils soient « les évangélisateurs des autres jeunes ».
« Le plan salvifique de Dieu est incroyable. Je suis sûr que, grâce à la foi, à l’espérance et à l’amour, nous réussirons dans notre mission d’évangélisation », a conclu l’archevêque chinois.
Océanie : être relai de la voix prophétique de l’Eglise
gr" data-scaytid="24">Mgr Dew, président de la Fédération des conférences des évêques catholiques d’Océanie (FCBCO) a appelé à la « conversion » pour la nouvelle évangélisation sur le continent, insistant sur la « priorité » qu’est « la formation constante et continue de tous ceux concernés par la mission évangélisatrice de l’Eglise ». Les chrétiens doivent se réclamer de « la voix prophétique de l’Église », pour « discerner les signes des temps qui appellent une nouvelle évangélisation » et s’engager à « proclamer et à vivre une réponse chrétienne à ces signes du temps ».
Cultures, pauvres, religions : trois défis pour l’Eglise en Asie
Le cardinal Oswald Gracias, archevêque de Bombay, secrétaire général de la "Fédération des Conférences épiscopales d’Asie" (FABC), représente un continent « tout à fait central pour l’avenir du monde » car il est « jeune » et représente 60% de la population mondiale.
Les Églises en Asie ont identifié « trois lignes directrices » face aux « trois défis majeurs » de l’Asie : un « dialogue avec les cultures », un « dialogue avec les pauvres » et un « dialogue avec les religions », car en Asie « le dialogue est une nécessité et non pas un luxe puisque les catholiques sont engagés de fait « chaque jour » dans « un dialogue de vie », car ils représentent seulement « 3% de la population totale » asiatique.
Avant « l’adhésion à une doctrine » il faut être « le disciple d’un maître », ce qui est proche du vécu des premiers Chrétiens, a-t-il fait observer.
Par ailleurs, a-t-il ajouté, l’Asie voit « un nombre toujours plus grand d’attaques contre la religion », notamment de « persécution contre les chrétiens » à cause du « fondamentalisme ». Si les communautés chrétiennes se sentent « faibles et sans défense », il y a aussi des « témoignages héroïques en pleine souffrance ». Si « les épreuves sont immenses », cependant « les possibilités sont gigantesques », a-t-il estimé, voyant dans le « pic de communications sans précédents » un « magnifique cadeau de Dieu, qui doit être utilisé pour diffuser la Bonne Nouvelle ».
Pérou : la liturgie et la piété populaire
Mgr Salvador Pineiro Garcia-Calderon, président de la Conférence épiscopale du Pérou a souligné pour sa part, l’importance de la liturgie comme catéchèse mais aussi de la piété populaire pour la nouvelle évangélisation.
Europe : les peuples ont faim et soif d’espérance mais les chrétiens subissent des attaques médiatiques et dans un climat d’hostilité systématique
Le cardinal Peter Erdö, président du Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe (CCEE) a constaté qu’ « en Europe, la population a faim et soif d’espérance ». « L’Europe doit être évangélisée. Elle en a besoin ». Quelques « éléments d’inquiétude » : la “perte de la mémoire de l’héritage chrétien” , et « l’ignorance à propos de la foi chrétienne ».
Les media, a-t-il ajouté présentent souvent la foi chrétienne et de l’histoire d’une façon « débordante de calomnies, désinformant le public aussi bien sur le contenu de notre foi qu’à propos de la réalité de notre Église ». La catéchèse « est très limitée ». Force est de constater que « dans les écoles publiques de beaucoup de pays, un enseignement sur la religion ou sur les religions est possible, mais pas pour la religion catholique », et que « cet enseignement de la religion, appelé neutre, comporte davantage une éducation au syncrétisme ou à l’indifférentisme ».
Il déplore également des « attaques juridiques répétées, et parfois physiques, contre la présence visible des manifestations de la foi ».

Des « signes préoccupants de l’hostilité systématique », sont relevés par l’Observatoire européen de la christianophobie , avec des « cas de discrimination et de violence contre les chrétiens dans presque tous les pays européens ». Des tribunaux « refusent l’aide aux victimes chrétiennes de ces attaques ». Et « l’écrasante majorité des cas de violence et de discrimination pour appartenance religieuse a lieu en Europe contre les chrétiens, surtout les catholiques », précise encore le cardinal hongrois.
La “disparition de la mémoire du christianisme” « va de pair avec les changements anthropologiques, qui sont la conséquence d’une culture audiovisuelle, mais qui affaiblissent les concepts clairs et le raisonnement logique ». Mais il y a aussi des« signes d’espérance » et « d’efficacité missionnaire extraordinaire » les JMJ, les visites pastorales de Benoît XVI, et la mission citadine dans 12 villes d’Europe, avec des « résultats durables ». Autres éléments positifs : « le rôle précieux de certains mouvements de spiritualité » et « la présence active dans la mission de personnes provenant d’autres pays et continents », « l’augmentation du volontariat dans les paroisses, surtout dans l’œuvre caritative », et le rôle des retraités qui « font preuve d’une générosité émouvante et contribuent à renforcer la solidarité entre les générations ». Enfin, « la conscience de l’unité, de la fraternité et de la véritable communion se développe entre les évêques catholiques de rites latin et oriental ».
Le cardinal Rylko invite à une « conversion pastorale » des évêques face aux « mouvements »
Le cardinal Stanislas Rylko, président du Conseil pontifical pour les laïcs souligne “la floraison au cours de ces décennies, souvent de façon gratuite et charismatique, de groupes et de mouvements se consacrant de façon prioritaire à l’annonce de l’Évangile qui est un autre don de la Providence à l’Église” et met en évidence « la relation étroite avec la “nouvelle Pentecôte” du concile Vatican II ». Un thème repris par Benoît XVI quand il dit que « les mouvements ecclésiaux et les nouvelles communautés sont l’instrument providentiel pour une impulsion missionnaire renouvelée ; accueillez-les et promouvez-les dans vos diocèses », encourageant les évêques à les accueillir « avec beaucoup d’amour », à « ne pas éteindre les charismes, à être reconnaissants même s’ils ne sont pas confortables ».
« Une véritable “conversion pastorale” des évêques et des prêtres est donc exigée, les appelant à reconnaître que les mouvements sont avant tout un don précieux plutôt qu’un problème », en soulignant le « sérieux » de l’expérience des baptisés dans ces nouveaux mouvements, manifestant « une foi adulte, capable de répondre de façon adaptée aux défis de la sécularisation ».
Il fait observer qu’il n’est pas question de « méthodes », mais d’une « capacité à réaffirmer la centralité de Dieu dans la vie des chrétiens », car « l’évangélisation n’est pas tant une question de “savoir-faire”, mais est avant tout une question d’ “être”, à savoir d’être des chrétiens vrais et authentiques ». 

En l’An 2000, le cardinal Joseph Ratzinger avait indiqué “trois lois de la nouvelle évangélisation” :
  • La “loi de l’expropriation”, à savoir « le fait de ne pas parler en son nom propre mais au nom de l’Église, en gardant bien à l’esprit qu’ “évangéliser n’est pas simplement une façon de parler, mais une façon de vivre”, c’est-à-dire la conscience claire d’appartenir au Christ et à Son Corps (l’Église !) qui transcende le propre moi », a-t-il rappelé.

  • « La seconde, est la “loi du grain de moutarde”, à savoir le courage d’évangéliser avec patience et persévérance, sans exiger d’obtenir des résultats immédiats, et en se rappelant toujours que la loi des grands nombres n’est pas la loi de l’Évangile ».
  • « La troisième “loi” est celle du grain de blé, qui pour donner la vie doit mourir, doit accepter la logique de la croix.
Dans ces lois est renfermé le secret le plus profond de l’efficacité de l’engagement évangélisateur de l’Église en tout temps ».
Moyen-Orient : faire connaître le Christ aimant et bienveillant
Mgr Paul Sayah s’interroge sur la façon d’offrir l’Evangile aux populations du Moyen-Orient, sinon en leur apportant « le Christ aimant, le Christ bienveillant ». « Evangéliser nos populations aujourd’hui est d’autant plus urgent qu’elles font face à d’énormes problèmes dans tous les pays du Moyen-Orient », en particulier dans les pays en conflit où les attaques ciblées ont contraint des dizaines de milliers de chrétiens à fuir. La dispersion des chrétiens du Moyen-Orient représente un défi particulier pour l’Eglise universelle : pour l’archevêque maronite, il s’agit d’« être présent à leurs côtés spirituellement, économiquement, psychologiquement », de leur montrer « qu’ils ne sont pas seuls »
Amérique, promouvoir une "spiritualité de communion"
Pour Mgr Carlos Aguiar Retes, président du Conseil épiscopal latino-américain (C.E.L.A.M.) la nouvelle évangélisation « part de la rencontre avec le Christ que l’Église offre aux fidèles chrétiens » et « arrive à la découverte et à l’expérience de la vie passionnée et intéressante du disciple, expression de la spiritualité de communion ».
De cette manière, ajoute-t-il « la vie diocésaine et paroissiale se rapproche de la vie de famille, Église domestique », les deux se « renforçant mutuellement », entre autres en vue de « l’urgence éducative de notre temps ».
Mgr Fisichella : annoncer l’évangile équivaut à changer sa vie
Mgr Salvatore Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation a insisté sur l’« urgence » qu’avant de « faire », le chrétien puisse « retrouver le fondement de son “être” » : or « être baptisé équivaut à être évangélisateurs ». Le chrétien, poursuit-il, doit « se motiver » pour « vivre de façon extraordinaire sa vie ecclésiale ordinaire » : « annoncer l’Evangile équivaut à changer sa vie », pour « présenter la nouveauté que Jésus Christ et l’Eglise représentent dans la vie des personnes », en cette période de « crise générale », où l’homme ne « perçoit plus l’absence de Dieu comme un manque pour sa vie ».
Il déplore que les communautés ecclésiales n’ont plus les traits de « porteurs d’une belle nouvelle qui transforme », elles apparaissent « fatiguées, répétitives de formules obsolètes qui ne communiquent pas la joie de la rencontre avec le Christ » et elles sont « incertaines du chemin à prendre » : les chrétiens sont alors « incapables d’être des propositions de l’Evangile, faibles dans la certitude de la vérité qui sauve, et prudents dans ses mots parce qu’oppressés par le contrôle du langage », ajoute-t-il. Il faut s’inspirer du « grand enthousiasme de toutes les expériences qui ont permis de mettre en œuvre la nouvelle évangélisation » ces dernières années.
Etats-Unis : le sacrement de pénitence, sacrement de la nouvelle évangélisation
Le cardinal Timothy Michael Dolan, président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, « rappelle que les agents de l’évangélisation doit d’abord être eux-mêmes évangélisés », citant saint Bernard : « Si l’on veut être un canal, on doit d’abord être un réservoir ». Ainsi « le sacrement principal de la nouvelle évangélisation est le sacrement de la pénitence ».
Car si les sacrements de l’initiation – baptême, confirmation, eucharistie – « défient et équipent » les acteurs de l’évangélisation, celui de la réconciliation « évangélise les évangélisateurs » car ce sacrement « met en contact avec Jésus, qui appelle à la conversion du cœur, et incite à répondre à son invitation à la repentance ». Il déplore que malgré les appels à un « renouveau » de ce sacrement au Concile Vatican II, « dans de nombreux endroits le sacrement ait disparu » et que les chrétiens soient « occupés » à réformer « les structures, les systèmes, les institutions » et finalement à réformer « d’autres personnes qu’eux-mêmes ».
En effet, la réponse à la question « Qu’est-ce qui ne va pas avec le monde ? » n’est pas « la politique, l’économie, la laïcité, la pollution, le réchauffement climatique », la réponse, selon Chesterton, tient en deux mots : « c’est moi ».
« Admettre cela conduit à la conversion du cœur et à la repentance », qui est « le cœur de l’invitation évangélique », conclut l’archevêque : « c’est ce qui se passe dans le sacrement de la pénitence. C’est le sacrement de l’évangélisation ».
Afrique : priorité à la catéchèse pour les jeunes
Mgr Nicolas Djomo Lola, président de la Conférence épiscopale de la République démocratique du Congo (Cenco) insiste sur l’importance pour l’Eglise d’Afrique de« développer une catéchèse » spécifique pour les jeunes dans un contexte « dominé par les guerres et les violences » qui « déstructurent la vie sociale et les personnes aussi bien au plan psychologique, moral que spirituel ».
Chrétiens et non chrétiens, « fragilisés, désorientés et angoissés », se mettent à la recherche de « solutions faciles, dans un recours à la sorcellerie, aux sectes et aux églises dites de réveil ».
La catéchèse se doit d’orienter les jeunes vers la rencontre personnelle et intime avec le Christ ». Il faut envisager la nouvelle évangélisation comme « processus d’éducation et de formation continue dans la foi, en mettant à la portée des évangélisés la Parole de Dieu grâce à la lectio divina ».
Mgr Dagens : Le but de l’Eglise est la rencontre de tout homme avec Dieu
Mgr Claude Dagens, archevêque d’Angoulême les catholiques sont appelés à « un travail intérieur de renouvellement de leur vie chrétienne » selon trois « exigences » :
  • le « discernement » sur les temps actuels, qui sont « éprouvants pour la mission chrétienne à cause des effets de la sécularisation », mais où « se manifestent aussi des attentes spirituelles, qui portent sur des questions de vie et de mort »,
  • l’ « engagement à progresser dans sa connaissance du Dieu vivant », notamment en parlant « à Dieu des autres », avant de parler de Dieu aux autres.
  • « comprendre que le but de l’Église, ce n’est pas l’Église, mais la rencontre des hommes avec le Dieu vivant » : « il ne s’agit donc pas seulement d’être présents au monde, mais d’être du Christ pour le monde », conclut-il.